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Nadia Myre, Indian Act (2000-2002), détail  
Perles de verre, copie de la page 41 de la Loi sur les Indiens, ruban-cache, fil, feutre  
Image numérique | 3720 x 4522 px  
©MBAM, Christine Guest  
MBAM, don de Stéphane Cauchies  
Avec l'aimable permission de l'artiste
Nadia Myre, Pet Cock (série Desire Schematics) (2009)  
Impression numérique | Édition de 5 | 112,7 cm x 170 cm  
Image numérique | 4280 x 2828 px  
Photographie de Guy L'Heureux. Courtoisie de la galerie Art Mûr
Avec l'aimable permission de l'artiste

En 2011 paraissait un important rapport posant un diagnostic circonstancié sur la situation des arts autochtones au Canada (Trépanier, 2012 [2011]). Préparé par France Trépanier et Chris Creighton-Keelly pour le Service de la recherche et de l’évaluation du Conseil des Arts du Canada, ce document faisait notamment état d’une double discrimination touchant les artistes autochtones francophones. Non seulement ces derniers apparaissent-ils, par rapport aux artistes allochtones, moins bien représentés dans les médias et les institutions artistiques nationales, mais une marginalisation supplémentaire les affectait, sur l’ensemble du territoire canadien, en raison de leur langue d’usage1. Force est de constater que le français demeure, encore aujourd’hui, un motif de suspicion, de condescendance ou de méfiance, parfois au sein même des nations autochtones2.

Cornaqué par Jean-Philippe Uzel, le présent dossier entend rendre encore plus audibles et visibles les apports des cultures autochtones francophones. Refusant les attitudes contrites ou revanchardes qui trop souvent colorent les discours abordant les réalités autochtones, les contributions de ce dossier sont plutôt animées de l’intention de jeter des ponts entre les communautés linguistiques et nationales, par la mise en exergue de la formidable effervescence des pratiques artistiques et littéraires contemporaines. Artistes, écrivains et penseurs autochtones tels Natasha Kanapé Fontaine, Guy Sioui Durand, Marie-Andrée Gill, Caroline Monnet, Hannah Claus, Rita Letendre ou Raymond Dupuis sont ainsi mis à l’honneur, entre autres parce que leurs œuvres font évoluer avec finesse et intelligence les termes du débat sémantique et géopolitique touchant la notion d’autochtonie, pierre de touche de ce dossier auquel Nadia Myre, membre de la nation Anishnabeg Kitigan Zibi, a bien voulu prêter sa signature artistique. Les œuvres de la série Indian Act (2002), Scarscapes (2010) et Orison (2014) qui ouvrent chacune des rubriques de ce numéro en témoignent avec éloquence.

Soucieuse de soutenir la recherche émergente, la revue publie dans ce numéro deux articles consacrés à de tout autres sujets. L’un de ceux-ci s’intéresse à la transposition par le cinéaste Jim Jarmusch d’un poème — Paterson — de William Carlos William, contribution relançant le thème d’un numéro précédent, tandis que l’autre procède à une analyse queer de la pièce 4.48 Psychose de Sarah Kane.

Un grand merci à Sébastien Roldan, Elaine Després, Fanny Bieth, Audrey Pouydebasque et Sophie Guignard pour le temps et l’énergie investis dans la préparation de ce numéro.

Vincent Lavoie
Directeur

  • 1. Les Waban-Aki et Huron-Wendat, de même que les Innus, les Malécites et les Attikamekws, ainsi que bon nombre de peuples algonquins, inuits, cris, micmacs et mohawks vivant auprès des communautés francophones parlent le français.
  • 2. « For many, French is the language of abuse. I have been scolded for using a single French phrase in a meeting. In another instance, an elder literally shook with rage upon hearing French. French is seen as utterly un-Indigenous, which can result in an inability to relate to, support, or engage with Indigenous people in Quebec who speak French. » (Farrell Racette, 2016: 26-27).
Pour citer

LAVOIE, Vincent. 2018. « Éditorial », Captures, vol. 3, no 1 (mai), dossier « La notion d’“autochtonie” ». En ligne : revuecaptures.org/node/1571